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Essai « UN MASCULIN SACRÉ » (mai / juillet 2014)

Un essai sur ce que pourrait être un Masculin Sacré, réalisé entre mai et juillet 2014, puis présenté au sein de mon Collège fin juillet 2014.

Cet essai en : fichier PDF (1,19 Mo)

SOMMAIRE

1 Avant-propos
  1.1 Problématique
  1.2 De la difficulté à définir le Masculin

2 Un cycle non-exclusivement féminin ?
  2.1 Démarche
  2.2 Les naissances, une esquisse de roue
  2.3 Une connexion à la Nature qui s’éloigne

3 Des hormones sexuelles pas si différentes...
  3.1 Préliminaire
  3.2 Les hormones sexuelles
  3.3 Détour sur le Tarot de Marseille

4 Le cycle d’une année
  4.1 Samhain, souveraineté et balance entre vie & mort
  4.2 Beltaine, la fécondité extérieure

5 D’autres cycles
  5.1 Le cycle circadien
  5.2 Le cycle de la vie
  5.3 Un cycle plus subtil

6 Masculin Sacré et Féminin Sacré synchronisés

7 Conclusion et perspectives

8 Bibliographie

1 Avant-propos

1.1 Problématique

Depuis plusieurs années, le terme de « Féminin Sacré » est mis en avant. De façon (très) simplificatrice, nous pourrions dire que le Féminin Sacré est fortement lié aux cycles menstruels de la Femme.
Quant aux Hommes, le « Masculin Sacré » semble plus difficilement définissable : aucunes menstrues, aucune(s) gestation(s) (en tous cas aucune gestation physique)... Alors quel pourrait être ce Masculin Sacré ?
Cet essai démarre donc par cette question émise lors d’une discussion avec ma marraine druidique /|\Korridwen.

Le propos ici n’est pas de se livrer à un débat sur l’existence ou non d’un Masculin Sacré, mais bien de s’interroger sur ce que serait un Masculin Sacré s’il existait.
L’approche, que j’ai (arbitrairement) choisie, consistera à s’appuyer à la fois sur un socle scientifique et (en partie) sur un socle mythologique celtique, non pour justifier l’un par l’autre, mais bien pour tenter d’établir une correspondance cohérente permettant potentiellement de vivre ce Masculin Sacré.

1.2 De la difficulté à définir le Masculin

La première difficulté porte sur la définition de ce que serait un Masculin :

  • Faut-il définir le Masculin comme ce qui n’est pas Féminin (et dans ce cas le définir non par son essence propre qui fait qu’il est, mais par ce qu’il n’est pas) ?
  • Faut-il le définir en lui attribuant des caractères, tels une supposée force ou un supposé dynamisme, qui s’avèrent au final plutôt sociaux ou culturels, et donc plus que discutables ?
Il y a quelques temps je m’étais également interrogé dans le cadre d’un travail sur « la semence » [1], qui suggère une autre approche de ce que pourraient être le Masculin et le Féminin en comparant lait et sperme, sang de la guerre et sang menstruel...
Sur le plan symbolique, il est évident que nous pourrions aussi souligner des différences biologiques : le phallus de l’homme, organe externe, associé au marteau fécondant du Dagda (dieu celte de la vie et de la mort) ou encore le vagin, organe interne, associé au chaudron gestatif de Kerridwenn (déesse celte de la transformation intérieure). Il y aurait tellement à dire sur les liens entre le corps et la spiritualité que je ne saurai que vous suggérer les travaux d’Annick de Souzenelle ou de ma compagne Mascha [2], qui explorent encore plus (et infiniment mieux) que moi ces liens...

Puisque le Féminin Sacré est généralement défini par les cycles de la femme et sa gestation, ce travail envisage donc d’aborder le Masculin par une voie physiologique (voie qui probablement peut se compléter avec d’autres approches) :

  • L’Homme est-il soumis, à l’instar de la Femme, à des cycles biologiques ?
  • Pouvons-nous par ce biais en déduire un début de réponse quant à un Masculin Sacré ?
2 Un cycle non-exclusivement féminin ?

2.1 Démarche

Afin d’appréhender l’existence de cycles, je me suis tout d’abord interrogé sur l’existence d’autres rythmes biologiques en lien avec le Féminin et le Masculin. Puisque l’union biologique du Masculin et du Féminin conduit à la naissance d’un enfant, il existe peut-être des rythmes aussi sur cette « fusion temporaire des polarités ».

La question pourrait sembler triviale, voire saugrenue, mais elle soulève une interrogation plus profonde : l’être humain dans ses unions est-il encore soumis à des rythmes naturels ?

Si les cycles annuels de reproduction des espèces végétales et animales ne font aucun doute, qu’en est-il de cet animal que nous nommons être humain ? D’un côté, nous ne sommes que des mammifères, et donc intuitivement nous serions soumis à des rythmes biologiques et naturels comme tout autre mammifère. Mais, d’un autre côté, l’être humain immergé dans notre société actuelle semble rompre partiellement son lien avec les cycles naturels.

Entre influence de la société actuelle et influence de la nature, il s’agit donc là d’une question qui, pour le païen (dont l’étymologie ramène à la notion de terre et donc par ricochet à la Nature), est loin d’être anodine.

2.2 Les naissances, une esquisse de roue

Une rapide étude préliminaire sur les taux de naissance en France permet de repondre à ces questions. Pour ce faire, j’ai donc établi la distribution des naissances sur une année à partir des données statistiques issues de la base de données de l’INSEE [3].

Sur la figure suivante, nous observons un pic des naissances après le mois de mai et un creux après le mois de novembre. Même s’il n’y a pas d’interruption des naissances à un moment donné de l’année, il existe donc tout de même une variation saisonnière de celles-ci.

Historiquement, et spirituellement, l’année celtique est divisée en 2 parties : mois sombres (de novembre à avril) et mois clairs (de mai à octobre).
Volontairement, j’ai donc différencié ces mois sur l’histogramme. Il apparait alors que les mois à taux de natalité humaine supérieurs à la moyenne correspondent plus ou moins aux mois dits « clairs », tandis que les mois à taux de natalité humaine inférieurs à la moyenne correspondent aux mois dits « sombres ».

L’observation du taux de natalité humaine sur une année (expression d’une Union entre Masculin et Féminin) nous réconcilie donc avec un découpage plus spirituel :

  • De Beltaine à Samhain (mois clairs), nous célébrons l’Explosion de la Vie tout autour de nous. Le Sacré s’exprime autour de nous, dans les conséquences, les Fruits issus de l’Union du Masculin et du Féminin.
  • De Samhain à Beltaine (mois sombres), nous exprimons la Vie, ainsi que le Sacré, au sein de nous-même, nous devrions unir nos polarités afin que ces Fruits puissent plus tard naître.
2.3 Une connexion à la Nature qui s’éloigne

Les données de l’INSEE nous permettent également d’obtenir une dernière information. Dans la figure suivante, j’ai représenté la variance du taux de natalité entre 1973 et 2013. La variance représente en quelque sorte la disparité d’un ensemble de données : plus sa valeur est faible, moins il y a de disparité. La dernière figure, issue de cette étude préliminaire, indique que cette disparité saisonnière s’amenuise progressivement depuis ces dernières décennies.

Pour le païen, cette dernière observation pourrait s’avérer préoccupante puisqu’elle témoigne d’une tendance à la déconnection progressive de l’être humain avec les cycles naturels.

Si nous nous déconnectons des Cycles de l’Univers sommes-nous toujours païens ? N’y a-t-il pas nécessité de nous reconnecter d’une façon ou d’une autre à ces Cycles ? N’avons-nous pas à comprendre un peu mieux nos propres Cycles (et là je m’adresse aussi aux Hommes) afin de nous reconnecter aux Cycles de l’Univers ? Par la Connaissance de nous-même ne nous reconnectons-nous pas ainsi au Sacré ?

À ce niveau de mon essai, nous avons d’ors et déjà démontré qu’il existait au moins un cycle non-exclusivement féminin. La naissance étant le résultat d’une Union entre Masculin et Féminin, cet instant de cycle est logiquement aussi celui du Masculin, qui se reconnecte au Sacré... donc d’un Masculin Sacré !

3 Des hormones sexuelles pas si différentes...

3.1 Préliminaire

Puisque nous avons montré dans l’étude précédente l’existence d’un rythme reliant Masculin et Féminin au travers de la naissance, il devient légitime de s’interroger sur l’existence d’autres cycles liés au Masculin. Et, puisque cette étude a démarré sur des cycles physiologiques (à la différence de cycles plus sociaux comme la chasse, etc...), je vais donc à présent me pencher sur ces hormones sexuelles qui différencient « tant » hommes et femmes.

Tout d’abord, les garçons font des androgènes et les filles des oestrogènes (c’est la variante moderne des choux et des roses). Mais pas que... ! Les hommes et les femmes produisent à la fois des androgènes ET des oestrogènes.

Explorons donc le monde merveilleux des hormones...

3.2 Les hormones sexuelles

Sur le schéma suivant, j’ai ainsi classé les principales hormones sexuelles. Deux grandes classes d’hormones existent : les hormones protéiques (combinaisons d’acides aminés) et les hormones stéroïdes (dérivées du cholestérol). Dans ce premier essai, je m’intéresserai aux hormones stéroïdes (c’est-à-dire oestrogènes, androgènes et progestatifs) et plus particulièrement à la testostérone.

Dans le tableau suivant, j’ai également regroupé les formules chimiques de ces hormones stéroïdes par grands types.

La figure suivante montre les interactions entre les hormones chez l’homme [4] : tout comme chez la femme, les hormones chez l’homme interagissent fortement entre elles. Afin de simplier cet essai, je ne traiterai donc dans l’immédiat que de la testostérone.

Nous avions indiqué que les hommes et les femmes secrètent tous, à la fois des androgènes et des oestrogènes : les androgènes ne sont pas l’apanage des hommes et les oestrogènes celui des femmes.
Mais ce qui surprend aussi c’est que ces molécules provenant toutes du cholestérol, un lipide (oui « le gras c’est la vie » !), se ressemblent énormément sur le plan moléculaire. La limite est ténue entre des hormones dites féminines et des hormones dites masculines...
Et toutes ces constatations ne seront pas sans nous interroger finalement sur les limites entre Masculin et Féminin.

3.3 Détour sur le Tarot de Marseille

Vous serez sans doute surpris du titre : mais que vient donc faire le Tarot de Marseille et ses arcanes dans cette étude ?

Dans le précédent tableau, j’avais précisé les formules chimiques des androgènes et des oestrogènes. Certes, toutes ces molécules proviennent donc du cholestérol, mais en les observant j’ai remarqué quelque chose de plus que je partage avec vous :

  • Les oestrogènes (oestradiol, oestrone, oestriol) comportent tous 18 atomes de carbone,
  • Les androgènes (testostérone, DHEA, androstènedione, androstérone, androstanolone) comportent tous 19 atomes de carbone,
  • La progestérone comporte 21 atomes de carbone.
À présent, regardons les arcanes du Tarot de Marseille... et plus particulièrement les arcanes XVIII, XVIIII et XXI.

  • L’arcane XVIII, représentée par la Lune, semble répondre aux 18 atomes des oestrogènes, hormones habituellement associées à la Femme.
  • L’arcane XVIIII, représentée par le Soleil, semble répondre aux 19 atomes des androgènes, hormones habituellement associées à l’Homme.
  • L’arcane XXI, représentée par le Monde avec une mandorle et en son centre un androgyne (telle une vulve dévoilant l’enfant à naître) semble résonner avec les 21 atomes de la progestérone, molécule associée tout particulièrement (comme par hasard) à la grossesse.
Ainsi, en associant formules moléculaires des hormones et Tarot : Masculin Sacré et Féminin Sacré semblent résonner tels la Lune et le Soleil, tandis que l’Androgyne résonne, quant à lui, comme la fusion du Masculin et du Féminin (et donc la grossesse).

Au sujet de l’Androgyne, j’ouvre ici un petit aparté parenthèse en rappelant le mythe d’Aristophane : les Humains avaient jadis chacun 4 jambes, 4 bras et 2 têtes. Il existait des Hommes, des Femmes et des Androgynes. Zeus pour punir les Humains décida de les couper en deux : ainsi naquirent les hommes et les femmes. Depuis chacun recherche sa moitié : homme et homme pour redevenir Homme, femme et femme pour redevenir Femme, homme et femme pour redevenir Androgyne..

À partir de ce mythe, nous pouvons d’ors et déjà définir l’Union du Masculin et du Féminin comme une recherche de notre moitié afin de redevenir Complet. C’est au travers de cette Union qui nous ramène à Un, l’Unité, que nous nous rapprochons du Divin... dans un acte Sacré.

Certes, je n’irai pas jusqu’à prétendre qu’à l’époque de l’élaboration du Tarot de Marseille toutes ces hormones, ainsi que leurs formules chimiques, étaient connues... mais admettez qu’observer une telle analogie entre molécules et arcanes a quelque chose de réconfortant, car elle permet de concilier les deux approches : scientifique et spirituelle.

De toutes ces observations, nous pouvons donc considérer la Syzygie de ces 3 éléments, une forme de Triade (alors que nous étions partis d’une Dualité) :

  • Lune / Oestrogènes / Part féminine / Arcane XVIII
  • Soleil / Androgènes / Part masculine / Arcane XVIIII
  • Terre / Progestérone / Androgyne ou (re)naissance / Arcane XXI
Nous pouvons même imaginer que la Lune, dans l’arcane XVIII, ressemble à un ovule vers lequel se dirigent les spermatozoïdes (avec leurs flagelles en arrière), tandis que le Soleil, dans l’arcane XVIIII, à l’image d’un testicule émet ses spermatazoïdes. L’union de ces deux arcanes conduisant à l’Androgyne, (re)naissant dans la vulve / mandorle de l’arcane XXI.

À la relecture de mon travail, Mascha a eu la perception des images suivantes (qui mettent en lien organes et arcanes) qu’elle a représenté ainsi et me permet de les inclure ici :

Arrivés à ce point, vous vous rendez certainement compte à quel point Féminin et Masculin sont très imbriqués, mais aussi combien leurs frontières sont finalement très ténues.
J’espère aussi que vous aurez entrevu toute la potentialité apportées par le simple questionnement sur les cycles hormonaux propres aux hommes...

Dans la suite de cette étude, nous allons rentrer un peu plus dans les Cycles du Masculin (et un peu aussi -il faut bien l’avouer- du Féminin).

4 Le cycle d’une année

4.1 Samhain, souveraineté et balance entre vie & mort

Comme nous l’avons vu précédemment, les courbes de natalité humaine présentent un summum en mai/juillet. La durée de gestation chez l’être humain étant de 9 mois, les fécondations aboutissant à des naissances ont donc lieu en octobre/novembre. L’observation de la biologie humaine montre donc scientifiquement que l’union physique entre le Masculin et le Féminin, en tant qu’union aboutissant à une naissance, semble donc s’opérer préférentiellement non pas en mai (à Beltaine) mais en octobre/novembre (à Samain).

La mythologie celtique nous apporte là aussi un éclairage spirituellement « concordant ». En effet, c’est durant cette période que le Dagda et la Mórrígan s’unissent de part et d’autre de la rivière Unaus.
Cette union apporte sa souveraineté au Dagda : ayant accompli toutes ses tâches, s’étant occupé de sa terre extérieure et de ses fruits, il se (ré)concilie donc avec les forces souterraines (représentées ici par la Mórrígan). Ce faisant, il acquiert ou confirme sa souveraineté sur cette terre. Les forces tapies au fond de la terre, sont aussi quelque part les forces tapies au creux du ventre du Féminin.

Si nous observons la courbe suivante, biologiquement, Samain est donc la (ré)concialiation préférentielle du Féminin (l’un des 2 pics annuels du taux d’ovulation) et du Masculin (unique pic de testostérone) qui prend forme avec un pic d’activité sexuelle. C’est la période où le Masculin Sacré et le Féminin Sacré sont parfaitement synchronisés.

C’est le temps [5] où le cerf brâme dans les bois en vue de féconder sa biche... fécondation qui aboutira 8 mois et demi plus tard (presque donc le même temps de gestation que chez l’être humain) à la naissance du faon.

« Ô Cernunnos, dieu cerf, à présent je suis comme toi, couronné de mes bois au milieu des bois. Entends la voix tel un brâme de celui qui cherche compagne afin d’engendrer la Vie. »

Samain c’est aussi la Porte des Âmes, quand les âmes quittent l’Autre Monde pour venir dans celui des humains. D’une certaine façon, nous pourrions dire que le Masculin a donc pour rôle en s’unissant avec le Féminin de contribuer à assurer le cycle des âmes : la transmigration des âmes ou de contrebalancer le flot de la Mort par le flot de la Vie (selon vos propres convictions)... ou uniquement d’équilibrer la courbe annuelle de natalité si votre langage n’est que celui des statistiques.

« En cet instant où tu redeviens Souverain, te réconciliant les Forces enfouies dans le creux de l’obscurité, permets moi ô Dagda d’appréhender le grand Mystère qui relie la Vie et la Mort, dans la grande Danse des Âmes. »

Samain est donc le moment où le Masculin Sacré s’affirmerait comme maître de sa terre et comme contributeur à l’équilibre des cycles de Vie/Mort.

4.2 Beltaine, la fécondité extérieure

Nous avons donc vu que le Masculin pouvait s’exprimer à Samhain, au travers d’une Union sacrée. Mais qu’en est-il de Beltaine, la célébration souvent associée à la fécondité ?

Dans leur étude sur la saisonnabilité de la fécondabilité humaine [6], Smits et ses confrères montrent deux grandes périodes de fécondabilité avec des summums début juin et début décembre. Ils relèvent que cette tendance est particulièrement observée chez les femmes jeunes, mais qu’elles semblent ensuite devenir progressivement « indépendantes aux saisons » avec l’âge.
Toutefois leur conclusion est sans équivoque : « Le fait de trouver que la fécondabilité effective humaine varie saisonnièrement indique que les humains sont sensibles à des conditions environnementales similaires à celles exploitées par les mammifères se reproduisant saisonnièrement afin de synchroniser leur gestation et naissance aux conditions optimales. Bien que la sédentarisaiton humaine limite le gain en réponse à de telles conditions environnementales, un nombre considérable de paramètres reproductifs à la fois chez les mâles et les femelles varie saisonnièrement. »

Une excellente piste d’investigation est fournie par des présentations d’une chercheuse au CNRS, Martine Perret, lors d’un séminaire [7] et d’une conférence [8]. La figure suivante, issue de ses présentations, compile des informations de plusieurs études :

La figure synthétise sur le même graphique : taux annuel de testostérone (pour l’homme), taux d’ovulation (pour la femme) et activité sexuelle (pour les deux). Nous retrouvons bien l’origine du pic de naissance entre début mai (Beltaine) et fin juilet (la moisson de Lughnasadh / notre moisson), qui correspond à l’Union précédemment décrite pour Samhain et qui coïncide à la fois à un pic du taux d’ovulation ET au pic annuel de testostérone, et « étrangement » à un pic d’activité sexuelle...

Par contre, pour les mois d’avril/mai, même s’il y a un pic (l’autre pic annuel) du taux d’ovulation, c’est aussi la période où le taux de testostérone [9] ainsi que l’activité sexuelle sont au plus bas ! Loin de ce qu’on pourrait donc penser, l’été n’est donc pas la période propice à la procréation.

Nous pouvons peut-être oser un parallèle entre le pic de testostérone de février - début mars et le pic du début de journée (que nous décrirons plus loin dans le paragraphe sur le « Cycle circadien ») : un sursaut d’énergie avant de se lancer dans les activités à venir.

Par ailleurs, il semble que se rajoute à ces courbes une diminution de la qualité du sperme durant l’été : diminution de la mobilité spermatique, densité diminuée, anomalies plus nombreuses des spermatozoïdes... Cette baisse de la qualité du sperme serait liée aux températures plus élevées. De nombreuses études, comme celles de Levine [10] (qui fait un bilan intensif de plusieurs études sur le sujet) ou encore Jørgensen [11], nous éclairent ainsi sur la qualité diminuée la semence masculine, et donc de la fertilité, avec un extremum entre août et septembre (cf. le tableau suivant résumant plusieurs études sur le sujet et issue de la publication de Levine).

La période du taux d’ovulation maximum débute fin mars et s’achève en juin. Fin mars, est aussi l’équinoxe de printemps (Ostara dans certains cultes païens), période de célébration de la déesse anglo-saxonne Eostre, déesse de fécondité, dont le nom « eostre » n’est pas sans rappeler le mot « oestrogène » et l’oeuf repris plus tard par la célébration de Pâques n’est pas non plus sans rappeler le pic du taux d’ovulation. Cette période est donc clairement une période de célébration féminine.

Le paradoxe ne peut se résoudre mentalement que si on accepte qu’à Beltaine il s’agit d’une fécondité extérieure (à la différence de la fécondité intérieure de Samain). Le Masculin Sacré est donc dirigé vers la mise en place de choses à l’extérieur : l’enfant de Samhain qui va bientôt naître, des projets à lancer, etc... À l’image de la Nature ambiante qui n’est plus en gestation, mais qui explose de vie à l’extérieur, il faut probablement orienter votre Masculin vers la réalisation extérieure.

Nous rajouterons enfin que ces courbes ne sont valables qu’à notre latitude, ainsi que nous le montre Roennenberg [12], qui nous précise par ailleurs que la période idéale correspond aux conditions suivantes : 12°C, photopériode de 12 heures (correspondant aux équinoxes à nos latitudes), exposition au soleil durant 7 heures. Nous relions donc bien évolution des taux d’hormones et de conception, ainsi que leur interprétation, à l’endroit où nous sommes (ce que certains qualifient de pagus et nous rappelle donc bien l’importance du lieu où nous sommes lorsque nous célébrons notre spiritualité).
Le Sacré, y compris dans son Union, n’est donc pas sans lien avec le pagus.

5 D’autres cycles

5.1 Le cycle circadien

La concentration en testostérone est la plus élevée dans les premières heures du matin [13] à la fois chez les hommes jeunes et les hommes âgés. Comme repris dans la cinquantaine de pages de Tostain [14] : « Les taux de testostérone montrent des variations pulsatiles avec un intervalle entre les pulses d’environ 2h. [...] L’amplitude des variations de la testostérone, entre le plus haut du matin et le plus bas de la fin d’après-midi, représente environ 35% chez l’homme jeune et 15-20% chez l’homme âgé. »

En conclusion, nous pourrons donc retenir ici deux faits :

  • la libération de testostérone n’est pas continue : il existe de 7 à 10 pics de libération de la testostérone dans le sang.
  • le taux de testostérone est maximum en début de matinée.
Le matin, lorsque nous nous éveillons à cette nouvelle journée, peut-être pouvons nous, à l’image de l’arcane XVIIII représentant le Soleil prendre conscience que notre Masculin Sacré s’éveille tout comme le Soleil Levant.

« Devant tes premiers rayons solaires je m’incline, ô Belenos toi qui éclaire le Monde, que ta chaleur soit ma chaleur et que je ressente au plus profond de moi le Masculin qui bouillonne en ce matin. »

5.2 Le cycle de la vie

Le taux de testostérone est quasi-nul chez l’enfant pré-pubère, puis il augmente à la puberté, avant de redescendre progressivement à partir de 30 ans.

Cette évolution du taux de testostérone à travers les âges de l’homme peut reprendre les représentations de l’Enfant, l’Adolescent, l’Adulte, le Sage/Vieillard, etc... que nous retrouvons dans certaines définitions du Masculin Sacré (à l’image de ce qui existe également pour le Féminin Sacré).

Un homme dont le taux de testostérone diminue peut ressentir un ou plusieurs de ces symptômes :
« Fatigue générale sans raison apparente, diminution de la force, de la résistance et de la force physique (perte de musculature). Gain de poids avec accumulation de gras particulièrement dans la région abdominale (autour de la ceinture). Troubles de la sexualité tels qu’une baisse du désir, accompagné parfois de troubles de l’érection ou l’impuissance. Nervosité et sautes d’humeur et dans certains cas anxiété et état dépressif. Perte de mémoire et difficulté de concentration. ». Inversement trop de testostérone a des effets sur l’agressivité.

Je pense que ces symptômes, associés à l’andropause, pourraient peut-être servir à expérimenter nos autres cycles et ainsi donc nous aider à explorer notre Masculin Sacré.

5.3 Un cycle plus subtil

Enfin, il est un cycle plus subtil : c’est celui du Couple. Certes les femmes ont raison lorsqu’elles disent qu’elles portent l’enfant. Et excepté dans le cas de la couvade, il est évident que le Masculin ne porte pas la gestation physique... mais il effectue tout de même une gestation psychologique : celle du père en devenir qui accompagne celle de l’enfant en devenir.

À mon sens, c’est d’ailleurs ce qui rend difficile le vécu du père en devenir qui connaît aussi à sa manière les bons et les mauvais moments de la gestation... Et c’est là un aspect dans le Couple qui parfois est un peu trop oublié ! L’homme à sa manière porte aussi l’enfant, l’homme à sa manière enfante, l’homme à sa manière lorsque l’enfant vient à ne pas naître le vit également au plus profond de son âme car c’est aussi son enfant à lui, une part de lui-même, qui ne naît pas...

Pour ceux qui douteraient des liens entre l’homme et l’enfant à naître, de nouveau les études sur la testostérone sont là pour nous éclairer : l’homme qui attend un enfant, avec sa compagne, voit son taux de testostérone diminuer. C’est donc bien qu’il se passe également quelque chose au plus profond du Masculin, quand la Vie (qu’il a contribué à engendrer, célébrant ainsi le Sacré) se développe au sein du Féminin.

Ainsi, même dans ces moments trop souvent focalisés sur le Féminin, nous accompagnons et vivons également notre Masculin Sacré dans ces moments là.

6 Masculin Sacré et Féminin Sacré synchronisés

Tout doucement, le précédent paragraphe nous a ramené du Masculin Sacré vers le Féminin Sacré... Mais nous allons voir à présent que les Deux (Masculin Sacré et Féminin Sacré) sont encore plus synchronisés qu’ils ne semblent !

Chez la femme, la testostérone est également présente. En fait, elle présente un pic au 14ème jour, celui de l’ovulation, comme on peut le voir sur la figure [15] suivante :

En ce qui concerne l’homme, sur la figure suivante [16] inspirée d’une publication chinoise [17], on voit les liens entre le comportement sexuel et le taux de testostérone :
une abstinence fait augmenter le taux de testostérone entre les 6ème et 7ème jours.

Chemin faisant, au vu de cette information, j’ai un peu la sensation que c’est comme si les hommes cherchaient à se synchronisaient d’une certaine manière sur le cycle de la femme « par échantillonnage » tous les 7 jours... comme si par tâtonnement nous essayons de retrouver le pic de testostérone du 14ème jour chez la femme, celui-là même qui correspond à la période d’ovulation au milieu des 4 x 7 jours (même s’il ne s’agit que d’une moyenne) du cycle menstruel de la femme.

Cette réflexion est confortée par un tout dernier cycle... et non des moindres, car il nous ramène au final à l’Union Sacrée entre Masculin et Féminin.

Dans une étude, Katharina Hirschenhauser s’est intéressée aux évolutions mensuelles de testostérone et au comportement des hommes [18]. Les variations du taux de testostérone dépendent de l’activité sexuelle mais présentent aussi des intervalles de 28 jours !
L’étude montre par ailleurs que ce cycle de 28 jours apparait chez les hommes ayant exprimé un désir d’enfant (et pas chez ceux ayant déclaré ne pas en souhaiter)... Ce synchronisme serait lié à une sensibilité aux fluctuations hormonales de leurs moitiés.

Par conséquent, l’homme et la femme dans un même couple disposent de la faculté de synchroniser leurs cycles : le cycle mensuel de testostérone de l’homme se synchronisant avec celui menstruel de la femme.

La Quête du Masculin Sacré et du Féminin Sacré serait donc celle de Cycles synchronisés, amenant à la création d’un nouveau Cycle de Vie !

Afin de prendre en compte ce cycle de 28 jours dans le Masculin, il conviendra certainement d’approfondir plus tard les dieux lunaires celtiques, tels que Midir ou encore Cúroí [19] : « Cúroí : dieu irlandais associé à [...] dieu lumineux dans la nuit [...] affecté de croissance et de décroissance, démembré et décapité, il se reconstitue d’une nuit sur l’autre [...], il patronne les probations héroïques [...] Les affinités avec la nature sauvage et le monde rural se doublent d’une composante lunaire très marquée. »

7 Conclusion et perspectives

Nous voici donc arrivés au terme de cet essai à la recherche d’un Masculin Sacré, en partant uniquement d’un questionnement sur l’existence ou non de cycles hormonaux chez l’homme, à l’instar de ceux chez la femme.

Que retiendrons nous en substance ?

  • Que si le Féminin Sacré se justifie par les cycles menstruels, le Masculin Sacré lui aussi peut se définir par ses propres cycles hormonaux (et qu’il n’y en a pas un seul, mais plusieurs qui peuvent s’intégrer à une vie spirituelle en quête d’un Sacré).
  • Que les frontières entre Masculin et Féminin sont finalement très ténues, bien plus que nous ne le croyons.
  • Que l’Accomplissement se réalise par l’Union tant interne qu’externe de deux choses finalement très semblables pour retourner à Une, pour créer ou lancer vos projets.
Alors les Gars, lorsque les Femmes réaliseront leur bâton de Lune en mettant en avant leurs cycles menstruels, vous pourrez aussi vous appuyer sur vos propres Cycles pour vous livrer à cet exercice, ainsi que je l’ai fait un jour [20] !

Enfin une toute dernière petite réflexion :

Dans notre monde, nous opposons tant la testostérone et l’oestrogène, et quand nous ne les opposons pas nous nous contentons de dire qu’ils sont complémentaires (ce qui est une forme d’opposition sans force). Pourtant, quand nous regardons ces molécules, elles sont tellement semblables avec juste un atome ou deux de plus ou de moins sur une vingtaine au total... autant dire que ce n’est rien. Bref nous sommes bien loin d’une simple union des contraires ou des complémentaires. Nous sommes finalement plus proches de l’union de deux choses presque semblables, deux choses si proches et si différentes. Nous ne pouvons pas nous unir avec quelque chose qui nous soit totalement identique... mais nous ne pouvons pas non plus nous unir avec quelque chose qui ne soit pas quasiment nous. Tout celà nous amène bien plus loin que simplement le Masculin et le Féminin, et leur Union.

L’Union n’est pas que sexuelle. C’est une petite différence que nous échangeons et surtout une gigantesque ressemblance qui nous unit, et le bilan de cette Union peut être autre chose que juste du masculin ou du féminin comme un projet qui se réalise, une oeuvre qui se crée, etc...
L’Union est à l’image du mythe d’Aristophane une recherche de sa moitié.

Enfin, je ne résiste pas à citer à la fin de cet essai /|\Korridwen, qui nous remémore tout le Sacré de notre Quête :

« Ce qui nous unit est peut-être UN, simplement le divin, sans masculin ni féminin, et c’est peut-être ce que l’on cherche à retrouver dans un couple... UN plus UN égal UN... deux morceaux séparés qui se ré-emboîtent en s’enlaçant pour une unité... »

Pour ma part, à l’heure où s’achève la 1ère version de cet essai sur un Masculin Sacré, je m’apprête à débuter un nouveau travail plus expérimental [21] avec ma compagne Mascha. Le hasard a fait que ma compagne a débuté également un travail sur les connexions à son corps puis enchaîné par l’exploration des cycles menstruels/lunaires, et nous allons donc à présent explorer ensemble nos cycles et leurs interactions.

8 Bibliographie

[1] MARZIN : « La semence » - http://www.marzin-suileabhan.eu/celtic/LaSemence.php

[2] MASCHA : « Chemin païen » - http://cheminpaien.wordpress.com

[3] INSEE : Nombre de naissances vivantes mensuelles entre 1975 et 2013 - http://www.insee.fr/fr/bases-de-donnees/bsweb/serie.asp ?idbank=000436391

[4] CNED : « Séquence 3 : Masculin/Féminin »

[5] B. BOURGERY : « La vie des cerfs » - http://cerfs.free.fr/vie.htm

[6] L J. SMITS et al : « Seasonal variation in human fecundability » - Human Reproduction - Vol. 13, No. 12, pp. 3520-3524 (1998)

[7] M. PERRET : « L’homme est-il un "animal" saisonnier ? » - Séminaire "Saisonnalité humaine" (2005)

[8] M. PERRET : « Les rythmes biologiques : une réponse au temps qui passe » - UTL Essonne (2012)

[9] J. SVARTBERG et al. : « Seasonal variation of testosterone and waist to hip ratio in men : The Tromsø study » - Journal of clinical endocrinology & metabolism - Vol. 88, No 7, pp. 3099-3104 (2003)

[10] R.J. LEVINE : « Seasonal variation of semen quality and fertility » - Scandinavian Journal of Work, Environment & Health - Vol. 25, Suppl 1, pp. 34-37 (1999)

[11] N. JØRGENSEN : « Regional differences in semen quality in Europe » - Human reproduction - Vol. 16, No 5, pp. 1012-1019 (2001)

[12] T. ROENNEBERG et al : « Annual rhythm of human reproduction : II. Environmental correlations » - Journal of biological rhythms - Vol. 5, No 3, pp. 217-239 (1990)

[13] S. PLYMATE et al. : « Circadian variation in testosterone, sex hormone-binding globulin, and calculated non-sex hormone-binding globulin bound testosterone in healthy young and elderly men » - Journal of Andrology - Vol. 10, No 5, pp. 366-371 (1989)

[14] J. TOSTAIN : « Physiologie des androgènes chez l’homme adulte » - Progrès en urologie - Vol. 14, pp. 639-660 (2004)

[15] http://scarlettheights.blogspot.fr/2010_08_01_archive.html

[16] Site « Ergoter » : http://www.ergoter.fr/2013/08/les-hommes-ont-aussi-leur-cycle.html

[17] M. JIANG : « Periodic changes in serum testosterone levels after ejaculation in men » - Acta Physiologica Sinica - Vol. 54, No 6, pp. 535-538 (2002)

[18] K. HIRSCHENHAUSER et al. : « Monthly patterns of testosterone and behavior in prospective fathers » - Hormones and behavior - Vol. 42, pp. 172-181 (2002)

[19] P. JOUËT : « Dictionnaire de la mythologie et de la religion celtiques » - Éditions Yoran embanner (2012).

[20] MARZIN : « Le bâton de Lune... par un homme » - http://www.marzin-suileabhan.eu/dark/BatonDeLune.php

[21] MASCHA & MARZIN : « À la découverte de nos cycles » - http://cyclelunaire.wordpress.com

Sébastien « Marzin Suileabhan » Garnier
mai - juillet 2014