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Lettre à un(e) inconnu(e)


J'écris ici et aujourd'hui cette lettre pour certaines personnes que je connais et à qui je n'ai jamais su m'exprimer ces derniers mois.

À l'inconnu(e),

J'aurai pu te rappeler l'adage :
« Si tu veux comprendre ton présent, regarde tes actions passées.
Si tu veux connaître ton avenir, observe tes actions présentes. »
Mais celà aurait été trop simple... or les choses ne sont jamais simples.

Tu te nourris, sans vraiment le réaliser, d'un passé irréversible et d'un avenir parfois chimèrique...

Je te l'accorde, le passé a un caractère irréversible, ce qui a été écrit est gravé dans l'argile ou dans le marbre des souvenirs et il conditionne en partie ton présent....

Mais « irréversible » ne signifie pas « figé »......

Au fil du temps, ton passé se nourrit de ton présent.
Par la même le passé, ton passé, est dynamique car en perpétuelle évolution....

Renier ce caractère évolutif d'un passé irréversible, se retourner sans cesse vers un passé qu'on croit figé, c'est graver un peu plus profondément le sillon que tes larmes avaient creusé,
c'est rajouter une couche de marbre supplémentaire par-dessus la précédente...
...et au final c'est rendre au fur et à mesure du temps ce bloc rocheux un peu plus résistant, un peu plus dur à briser, un peu plus froid....

À force de te focaliser sur ton passé et par ne même plus regarder ton avenir, tu peuples l'avenir de pensées parfois chimériques qui ne sont que le reflet des espoirs que tu avais auparavant.
Ce que tu cherches actuellement dans le présent, c'est ce que tu cherchais ou plutôt ce que tu penses que tu aurais aimé trouver dans le passé... et non ce qu'il te faut réellement dans l'avenir.
La conséquence, c'est que tes yeux ne voient pas ce qu'ils devraient voir, et que celà conduit à certaines de tes dernières déconvenues....

La Vie ce n'est pas l'immobilité du rocher froid, et encore moins cette consolidation que tu lui fais. La Vie c'est un mouvement, une interaction, une sensibilité aux choses qui nous entoure....

Le présent, c'est la plante qui germe, croît, se nourrit dans le terreau doucereau du passé, qui élève sa tige et ses feuilles vers la lumière,
qui se gonfle de sève, qui fleurit dans une explosion de couleurs, qui flirte avec le vent, les insectes, les oiseaux avant que ses graines ne tombent à leur tour sur l'humus frais comme nouveaux départs d'un probable....

Le passé c'est la superposition successives de toutes ces couches de terreau, de ces décompositions du présent, dans lesquelles racines et graines trouvent leur avenir....

Or rien ne pousse sur le roc, à moins de ne passer un temps essentiellement stérile dans la quête des fissures et interstices dans lesquelles immiscer ses racines......

Être Sombre ce n'est pas aimer la fin...
... c'est avoir assimilé que de la décomposition, de la digestion, de la transformation, naît la Vie....

Maz'rin...