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DE LA NÉCESSITÉ DU DOUTE (02/04/2014)

« De la nécessité du Doute » Au premier contact, il s'agit d'un 1er avril lentement distillé de longue date...

Mais en-deçà de la surface, c'est aussi une expérience personnelle de dosage : Comment entrelacer progressivement des éléments faux jusqu'à en faire quelque chose de vraisemblable ?

Enfin c'est aussi l'occasion de rappeler que, si lors des rituels le doute n'est pas de mise, il est indispensable sur notre chemin spirituel.

SOMMAIRE

1. « Sur les traces d'une divinité pyrénéenne ancienne »

2. Autopsie d'un faux et sa critique

3. De l'Énergie du Mythe

4. De la Nécessité du Doute

1. L'ACCROCHE (01/04/2014) :

Ce court texte sert de point de départ à une étude plus approfondie à venir sur les mythes pyrénéens et leurs liens avec les mythes et folklores des régions avoisinantes.

Cette étude en : fichier PDF (40 ko)

« SUR LES TRACES D'UNE DIVINITÉ PYRÉNÉENNE ANCIENNE »

En région pyrénéenne, il existe une divinité archaïque nommée Babu (ou « grand Babu » dans certains textes en référence à son apparence de géant). Dans les mythes transmis par le folklore, cette divinité prend tantôt la forme d'un géant difforme, tantôt d'un être malfaisant avec un seul oeil et une seule jambe. Cette représentation se retrouve à travers toute l'Europe sous des formes diverses, mais la plus évidente est celle de Baba Yaga (mot "Baba" à rapprocher par ailleurs du mot "Babu") sorcière unijambiste de la mythologie slave (se référer à l'article Wikipedia pour plus de détails sur cette divinité slave [1]).

Dans un essai monumental signé Fouvreaux [2], nous retrouvons une mention à des festivités qui se déroulaient aux environs de la période de Noël : les habitants revêtant alors des costumes et brandissant des flambeaux. À cette époque de l'année, la divinité chtonienne (représentant la terre sous son apparence de géant ou l'Autre-Monde sous celle d'une figure difforme) était terrassée par le retour de la Lumière. Malvina Fouvreaux écrira d'ailleurs en parlant de cette divinité :

« Tu es là, géant blessé, force invincible un instant abolie,
Et flotte autour de toi le parfum des symboles.
» [2]

Un chercheur du Groupe d'Études des Cultures Méditerranéenne et Occitane (Gruppe für Mittelmeerstudien und Okzitanischstudien) / LMO de Cologne en Allemagne [3] a établi un parallèle entre le folklore pyrénéen, qui perdurait au siècle dernier, et les traditions provençales actuelles :
Des figues, des bananes, des noix faisaient effectivement parties des offrandes faites durant les persistances attestées tardivement au vingtième siècle de cette tradition... Des noix, des bananes, des figues qui se retrouvent parfois dans la liste des 13 desserts provençaux [4] traditionnels de cette même période de Noël, ainsi que le rappelle Brigitte Brégeon-Poli dans une de ses publications [5].

Ces festivités étaient également l'occasion de préparer un boudin à partir du sang des animaux consommés durant l'hiver. Cette dernière préparation, comparable au goudgouz préparé en Bretagne, était alors sacralisée et représentait le passage de l'hiver au printemps. L'aliment ainsi consommé par la suite représentait la renaissance de la vie à partir de la mort. Sur ce point, il est également possible de supposer un lien avec le culte méditerranéen de Mithra (IIème siècle av.JC - IVème siècle ap.JC) durant lequel un taureau était égorgé au printemps pour marquer la renaissance de la Lumière [6].

Comme pour beaucoup de cultes anciens, une christianisation s'est opérée sur ces pratiques folkloriques : les sources associées initialement à cette divinité ont été associées à un saint et on attribue à leurs eaux de lutter contre les maux de coeur, les soucis olfactifs ainsi que de repousser la charogne. Simultanément aux ablutions, une phrase était rituellement prononcée dans un patois local des Pyrénées :

« Chaviro rotant acha, chami pataro, rogria pat acha »

En conclusion, il semble donc que ce mythe pyrénéen appartienne à un corpus de mythes archaïques présents sous différentes formes à travers toute l'Europe et ayant perduré au travers du folklore durant les âges. Cette divinité primordiale, comme beaucoup d'autres divinités, était donc associée au passage de la nuit vers la lumière au moment du solstice d'hiver.

Références bibliographiques :

[1] Wikipedia page sur « Baba Yaga (mythologie) »
http://fr.wikipedia.org/wiki/Baba_Yaga_(mythologie)

[2] FOUVREAUX M. : « Mythes pyrénéens et provençaux, entre deux cultures.», Revue d'Anthropologie.

[3] Site de l'Université de Cologne / Universität zu Köln :
http://www.uni-koeln.de

[4] LE BLOG 13-83 : « Les treize Desserts : Tradition provençale ... »
http://reso1383.resofrance.eu/2013/12/23/les-treize-desserts-tradition-provencale/

[5] BRÉGEON-POLI B., 1995, « "Va pour treize !" La "tradition" des desserts de Noël en Provence », Revue Terrain, n°24, pp. 145-152
http://terrain.revues.org/3127

[6] Wikipedia page sur le « Culte de Mithra »
http://fr.wikipedia.org/wiki/Culte_de_Mithra



2. AUTOPSIE D'UN FAUX ET SA CRITIQUE

(Repris d'un échange avec un Frère)

Lorsque l'accroche fut achevée, j'admets avoir ressenti une grande interrogation sur le fait ou non de la diffuser. Certes, lorsque l'idée de ce texte avait germé, il ne devait s'agir que d'une blague de potache inspirée du film (et série radiophonique) "Signé Furax" en vue du 1er avril.
Mais au fur et à mesure de sa rédaction, je me suis rendu compte qu'il prenait une « forme particulière »... presque réaliste. Réaliste car il y a énormément de choses qui résonnent... Même si le texte était faux, il sonnait vrai.

Et pourtant... :

  • Le nom de la "divinité" (Le Grand Babu),
  • le culte du Boudin Sacré (le goudgouz),
  • la "pseudo citation pyrénéenne" (« Chat vit rôt/i, rôt/i tenta chat, chat mit patte à rôt/i, rôt/i grilla patte à chat » quand lue à voix haute),
  • la référence à l'équipe du "LMO de Cologne" (Elle aime Eau de Cologne)
  • les sources dont les eaux permettent de chasser les mauvaises odeurs et la charogne (!)
  • les gens revêtissant des costumes (de Père Noël dans le film) et brandissant des flambeaux à Noël,
  • la chanson « Des figues, des bananes, des noix... des noix, des bananes, des figues » paslmodiée mécaniquement,
  • et d'autres éléments...
... tout est inspiré d'un film de divertissement.

En lisant l'accroche, on sent bien qu'il y a des choses qui "clochent" (le culte du boudin sacré, les bananes dans les 13 desserts provençaux dans la continuité d'un rite archaïque pyrénéen...). Mais effectivement, l'exercice a consisté à modifier des mots trop évidents (boudin qui est sacralisé au lieu de boudin sacré), séparer des parties pour éviter que l'esprit fasse le lien (Eau de Cologne / sources qui luttent contre les mauvaises odeurs), enrober du faux très grossier avec de tous petits éléments vrais... donnant ainsi au tout une nuance vraie, tout en s'interrogeant sur la limite ténue entre la perception du faux et du vrai.

Alors, certes Mithra et Baba Yaga existent (et donc seules des références Wikipedia sont véritables dans ce texte) , mais les autres références biliographiques sont soit introuvables (hormis en tant que personnage du film, Malvina Fouvreaux n'a jamais existé) soit trop générales (la page d'accueil de l'Université de Cologne n'a jamais constitué une vraie référence).

Et finalement, juste en tapant "Fouvreaux", "Grand Babu" ou "goudgouz" dans Google, dès la première occurence pour une seule de ces recherches vous seriez tombés sur "Signé Furax"...

3. DE L'ÉNERGIE DU MYTHE

Cet exercice constitue également une bonne illustration d'une réalité dans le domaine spirituel : qu'importe qu'un mythe soit vrai ou faux, qu'il se soit déroulé dans un lointain pays, dans une lointaine époque ou ailleurs... Ce qui compte, c'est l'énergie qu'il transporte et la résonnance qu'elle induit au plus profond de notre être.

Un conte, un mythe et même ce canular transcendent le temps et l'espace... car ils s'adressent à l' «immatériel de notre corps », aux recoins de nous-même là où temps et espace n'existent pas...

Posez-vous un instant et demandez-vous si, malgré tous les éléments faux de ce canular, il ne vous parle pas quelque part au tréfonds de vous...

(à suivre)

4. DE LA NÉCESSITÉ DU DOUTE

Ce petit texte nous rappelle aussi que, si dans le cercle, lors de nos célébrations, le doute n'a pas lieu d'être car la foi est là... Il ne doit pas en être de même dans le reste de notre vie spirituelle : doutons, doutons... encore et toujours.

Le doute est le meilleur moyen d'apprendre à désapprendre, de rester à l'écoute de ce qui nous entoure sans se pétrifier dans des a-prioris ou des acquis.

Voilà donc un exercice qui finalement s'avère une expérience sur d'autres plans...
L'occasion de voir qu'en avril, le Saumon de la Connaissance peut parfois s'avérer taquin.

(à suivre)

Et pour finir sur une note d'humour :

Sébastien « Marzin Suileabhan » Garnier

Avril 2014