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la Déesse du lac Oô (31)
ou « la femme au serpent »

Stèle romane ( XIIe siècle ? )

Introduction :

Cette statue de marbre a été trouvée auprès du lac artificiel de Oô, non loin de la cascade de la « Chevelure de la Madeleine », en Haute-Garonne (31). Elle est exposée au Musée des Augustins de Toulouse [1] (salle des sculptures romanes) sous le nom de « La femme au serpent » (Inv Ra 823 Me 254) et daterait peut-être du XIIe siècle.

Description, par Claude Louis-Combet :

« Étonnant bas-relief, représentant une femme entièrement nue, très primitive d'allure, la face inexpressive, les bras très courts, à peine dégagés du tronc. Au bas de son ventre, elle porte une vulve puissante fortement relevée, de l'ouverture de laquelle s'élève un serpent. Le reptile dont la sinuosité a été fort bien rendue par le sculpteur reste engagé par sa partie inférieure dans le sexe de la femme, mais la partie visible de son corps semble ramper comme une liane le long du ventre et de la poitrine; II a la tête fixée sur le mamelon d'un sein bien développé. II s'y tient accroché en animal téteur, lascif et goulu. » [2]

Interprétation chrétienne :

Ce bas-relief est inspiré de l'iconographie antique de la Terre Mère, mais durant le Haut Moyen Âge, ce symbole nourricier est devenu le symbole de la luxure et du pêché. Il peut alors revêtir deux significations : soit celui d'une Ève et du serpent (à la fois enfanté par elle et nourrit par ses charmes), soit celui du châtiment d'une femme débauchée punie par le serpent. Quelque soit l'interprétation chrétienne, c'est donc la femme pêcheresse qui est hélas considérée.

Interprétation païenne :

C'est une représentation de la Déesse des origines. « un symbole de fécondité, plus exactement de l'éternelle fécondité de la nature féminine. Le serpent, issu de la femme et nourri par elle, exprimerait le caractère cyclique du temps, en relation avec les pratiques agricoles. » [2]


Le lac Oô.

Le roman « Oô » :

« J'ai imaginé son histoire, celle d'une naissance virginale et fabuleuse. II m'a semblé que le serpent incarnait la dimension phallique, inconsciente, de la femme, et que l'on se trouvait donc en face, ici, d'une représentation de la perfection androgyne en même temps que de la fécondité et de l'éternité. J'ai donné au personnage du bas-relief le nom de son lieu d'origine. C'est la jeune fille Oô, amoureuse d'elle-même et fécondée par son âme noire et animale. »
( Claude Louis-Combet )

Annotations personnelles :

Cette stèle troublante semble égarée dans le musée. Perdue non loin de la salle des chapiteaux, elle est tellement originale qu'elle n'a pas d'équivalent dans le musée des Augustins et s'en retrouve donc esseulée. Pire : la première fois, en questionnant à l'entrée une des personnes du musée (avec pourtant le nom de la stèle et sa description), elle n'avait pas été capable de me la localiser ou de voir à quelle pièce je faisais référence...

Ressources :

  • [1] - Musée des Augustins (TOULOUSE, 31) - Salle des sculptures romanes.
  • [2] - « Oô » - Claude LOUIS-COMBET - (Éditions Shushumna, 2002). Roman que je n'ai pas pu me procurer



Marzin Suileabhan, (Maz'rin - mai 2007)